Assurance transport et guerre : que se passe-t-il si des marchandises sont bloquées dans le détroit d’Ormuz?

Mar 26 / Martin Desloges
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, ramènent à l’avant-plan une réalité souvent sous-estimée en assurance de transport : tous les événements majeurs ne sont pas nécessairement des sinistres indemnisables.

Pour les entreprises qui dépendent du commerce international, une question devient alors incontournable : si des marchandises sont immobilisées dans une zone de conflit, est-ce que l’assurance interviendra?

La réponse repose sur une distinction essentielle… et souvent mal comprise.

Un point stratégique sous haute tension

Le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus sensibles au monde. Une proportion importante du pétrole mondial y transite, mais aussi une grande variété de marchandises destinées aux marchés internationaux.

Dans un contexte de tensions militaires, ce corridor devient rapidement une zone à risque. Les navires peuvent être ralentis, redirigés ou immobilisés. Les délais s’allongent, les coûts augmentent et les chaînes d’approvisionnement deviennent fragiles.
Mais sur le plan de l’assurance, ces perturbations ne sont pas toujours synonymes d’indemnisation.

« Tous risques »… mais pas tous les risques

En assurance maritime, plusieurs contrats offrent une protection dite « tous risques », notamment via les Institute Cargo Clauses A. Cette appellation peut toutefois être trompeuse.

Les risques de guerre ne font généralement pas partie de cette protection de base. Ils sont exclus et doivent être couverts séparément au moyen de clauses spécifiques, comme les Institute War Clauses.

Ces clauses couvrent des événements bien précis : conflits armés, attaques militaires, saisies de navires, actes hostiles de nature politique. Autrement dit, elles visent des situations exceptionnelles impliquant une intervention humaine de nature violente ou coercitive.

La distinction fondamentale : dommage physique vs perte économique

C’est ici que se trouve le cœur du sujet.

L’assurance de transport est conçue pour indemniser les pertes matérielles. Elle intervient lorsqu’il y a une atteinte physique aux biens assurés. En revanche, elle ne couvre généralement pas les pertes financières liées à un retard ou à une perturbation logistique.

Ainsi, si un navire est immobilisé dans le détroit d’Ormuz en raison d’un conflit, mais que les marchandises arrivent finalement intactes, l’assurance n’interviendra pas.

Même si les conséquences économiques sont importantes.

Un exemple révélateur

Prenons le cas d’une entreprise qui importe des produits saisonniers, comme des vêtements d’été.

Le navire transportant la marchandise est bloqué pendant plusieurs semaines dans le détroit d’Ormuz en raison d’une escalade militaire. Lorsque les produits arrivent enfin à destination, la saison est terminée. Leur valeur commerciale chute drastiquement.

Malgré l’ampleur de la perte, il n’y aura habituellement aucune indemnisation. Pourquoi? Parce que les biens n’ont subi aucun dommage physique.

Ce type de situation illustre parfaitement l’écart entre le risque perçu et le risque réellement couvert.

Dans quels cas l’assurance pourrait-elle intervenir?

Il existe toutefois des scénarios où la couverture pourrait s’appliquer.
Si les marchandises sont directement affectées par un événement lié au conflit, par exemple :
• une attaque contre le navire
• une explosion ou la présence de mines
• la saisie ou la détention du navire par une autorité

Alors on parle de véritables risques de guerre. Dans ces cas, la garantie pourrait intervenir, selon les conditions prévues au contrat.

La clé demeure toujours la même : la présence d’un dommage réel et tangible aux biens.

Des garanties de guerre plus restrictives

Même lorsque la couverture de guerre est incluse, elle comporte des particularités importantes.

Ces garanties sont généralement :
• limitées à la période de transport
• encadrées par des règles strictes de durée
• susceptibles d’être annulées avec un court préavis

Dans un contexte de tensions internationales, cette flexibilité permet aux assureurs de s’adapter rapidement à l’évolution du risque, mais elle peut aussi créer de l’incertitude pour les assurés.

Une exposition souvent sous-estimée

La situation dans le détroit d’Ormuz met en lumière une réalité stratégique pour les entreprises : l’exposition aux risques ne se limite pas aux dommages physiques.

Les retards, les blocages et les perturbations logistiques peuvent entraîner des pertes importantes, sans pour autant être couverts par l’assurance.

Cela signifie que certaines des conséquences les plus coûteuses d’un conflit peuvent rester entièrement à la charge de l’entreprise.

Réflexion pour les entreprises

Dans ce contexte, il devient essentiel d’aller au-delà de la simple souscription d’une police d’assurance.

Les entreprises devraient notamment se demander :
• Dépendent-elles de routes maritimes à haut risque?
• Ont-elles des alternatives logistiques en cas de blocage?
• Comprennent-elles réellement les limites de leur couverture?

Une bonne gestion des risques passe autant par la compréhension des exclusions que par la connaissance des protections.

En conclusion

Un navire immobilisé dans le détroit d’Ormuz peut représenter un événement majeur pour une entreprise. Pourtant, en assurance de transport, ce type de situation ne constitue pas nécessairement un sinistre indemnisable.

Tant qu’il n’y a pas de dommage physique aux marchandises, l’assurance restera généralement silencieuse.

Comprendre cette réalité permet non seulement d’éviter les mauvaises surprises, mais aussi d’adopter une approche plus proactive face aux risques du commerce international.